| GTA IV : blockbuster cherche crédibilité |
| Écrit par Thomas PALPANT |
| Jeudi, 31 Janvier 2008 14:30 |
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Quel joueur ne s’est pas un jour posé devant son écran pour une petite séance de course poursuite urbaine, et de fusillade un tantinet immorale ? Le réservoir à sensations qu’est Grand Theft Auto a pris tout le monde de cours lors de sa transposition 3D, et de la découverte d’une Liberty City polygonée, aux mille possibilités. Trois épisodes ont suffit à porter le titre de Rockstar vers des sommets de popularité, et ce jusqu’aux confins de l’Asie. Pourtant, il incombe au développeur maître de la controverse de franchir une nouvelle étape pour définitivement crédibiliser sa franchise reine, et entretenir la flamme.GTA IV sera-t-il l’épisode qui fera grandir la série? Premiers éléments de réponse. Il suffit de replonger dans l’aventure de San Andras, ou même de ses deux préquelles, d’y jouer quelques minutes à peine, pour comprendre pourquoi Grand Theft Auto est à ce point devenu une des sagas icônes du jeu vidéo. Plus que dans aucun autre soft d’action contemporain, il est possible de tout faire ou presque. Arpenter les ruelles en quête d’un snack ou d’une armurerie, s’emparer de n’importe quel véhicule, qu’il soit roulant, flottant, ou volant, commettre des larcins à foison, du vol de véhicule à la fusillade générale, commercer, acquérir des biens immobiliers, trouver l’âme sœur… GTA se veut finalement l’antithèse de la réalité, où l’ordre et la loi régissent nos sociétés. Il s’agit justement dans le jeu de défier cet ordre, de le rompre à l’envie, histoire de goûter à une liberté faite d’immoralité. Bien évidemment, tel n’est pas le but de l’aventure, et le joueur aura toujours la possibilité d’opter pour la discrétion, et le respect de l’ordre public. Mais chacun sait que ce n’est jamais vraiment comme cela que l’on joue à un Grand Theft Auto… Le jeu du chat et de la souris avec les forces de police reprendra de plus belle. Le système de jeu repose sur des standards repris depuis par de nombreux autres titres, dont certains très récents, comme Assassin’s Creed. À savoir un monde immense, et une quête principale, découpée en missions, qui distille le scénario au travers de nombreuses cut scènes ; un fil conducteur scénarisé que l’on pourra aisément délaisser pour s’adonner à une foultitude d’activités annexes. Cette caractéristique, particulièrement marquée dans GTA, est une des fondations qui ont permis à la saga de briller auprès d’un très large public. Inutile en effet d’avoir goutté aux premières minutes de l’aventure, ni de connaître la trame sur le bout des doigts pour apprécier le trip proposé par Rockstar. Là où un joueur assidu aura à cœur d’enchaîner les missions et de faire progresser l’intrigue, un autre plus occasionnel pourra s’offrir une petite virée en rase campagne (dans San Andreas), ou provoquer un peu les forces de police par de petites touchettes de carrosserie, ou quelques coups de feu bien sentis. Pourtant, si personne ne remet en question le champ immense de possibilités ludiques qu’offre GTA, ni son statut de défouloir subversif, le jeu pêche sur deux points principaux, qui, s’ils sont plus ou moins tolérés par le fan lambda nourri au grain, n’en restent pas moins rédhibitoires pour les détracteurs de la série. Tout d’abord, GTA n’a jamais vraiment proposé une réalisation à la hauteur de son statut de chef de file. Plus proche dans ses atours d’une auberge de jeunesse que d’une grande table lyonnaise, le jeu affiche une technique décousue, un peu sale, et pas vraiment clinquante, surtout sur PlayStation 2. On peut trouver néanmoins quelques circonstances atténuantes aux développeurs, qui ont su créer des cités proprement immenses, voire un état entier pour San Andreas, sans aucun temps de chargement pour ce dernier. La démesure spatiale, et un frame-rate correct ont donc été privilégiés à un lustrage complet ; un choix sans doute judicieux, mais pour un rendu un poil cheap, pétri de bugs en tous genres. Sans être fabuleusement beau, GTA IV s'annonce propre et soigné. Le second point qui fâche concerne le parti pris du scénario, et des différents protagonistes que l’on est amené à croiser ou incarner. En fait, les GTA naviguent souvent entre deux eaux, passant de références cinématographiques prestigieuses (Scarface, Le Parrain, Heat, L’Impasse, pour ne citer qu'eux), à des représentations caricaturales du monde de la pègre. San Andreas, en surfant sur les poncifs du monde gangsta rap de la côte ouest des Etats-Unis, s’est même quelque peu fourvoyé. Fort heureusement, les dialogues sont toujours de qualité, et le second degré omniprésent. Une manière sans doute d’édulcorer la violence contenue dans le jeu, surtout auprès des instances américaines (ESRB en tête), quitte à verser un peu trop souvent dans la parodie. Sur le premier point, celui de la réalisation, Rockstar se devait de faire franchir à la série un nouveau palier, ne serait-ce que pour coller au bond technologique des consoles de nouvelle génération. Si le studio américain a fait craindre le pire lors de la première présentation du titre à la presse en juillet dernier, les choses semblent aujourd’hui avancer dans un sens très favorable. Non pas que GTA IV soit une claque technique, ni une démonstration esthétique, mais le soft affiche de nombreuses améliorations, qu’elles relèvent des animations (mouvements, attitudes variées, collisions avec les passants), des graphismes (bien plus de détails, modélisations convaincante des personnages, reflets réalistes), ou de l’affichage (clipping discret, frame rate constant). Liberty City, reproduction plutôt fidèle de la Big Apple chère à Martin Scorsese, semble être un terrain de jeu des plus crédibles, au regard du degré de réalisme ambitionné par Rockstar. Le téléphone portable sera largement mis à contribution. Bienvenue au 21e siècle. Car c’est bien de réalisme dont il est question dans ce GTA IV. Non seulement dans la minutie avec laquelle la cité a été recréée, elle et ses habitants, mais aussi dans la manière dont il faudra aborder l’aventure. Le facteur temps aura désormais une importance capitale dans le déroulement des missions. Par exemple, lorsque le héros du jeu, Niko Bellic, conviendra d’un rendez-vous, il faudra s’y rendre à l’horaire prévu, sous peine d’être immédiatement pénalisé. Un organizer permettra aux plus distraits de respecter chaque timing au mieux. L’approche très actuelle de ce GTA, lequel se déroule en 2007, prend tous son sens dans la manière dont Niko communiquera avec son environnement. Ce dernier aura à disposition un téléphone portable, avec une liste de contacts, un peu à la manière du codec de Solid Snake. Il pourra également se rendre sur Internet, et se servir de la messagerie électronique pour envoyer emails et fichiers. Là où les précédents GTA se contentaient de rudiments contextuels (aller voir un contact, déclencher la mission), il faudra désormais solliciter son réseau, et gagner en sociabilité pour débloquer certaines situations. Le vol de voitures, élément de base de tout GTA, ne sera plus une simple formalité, surtout lorsqu’il faudra en dérober une sagement garée. Ouvrir la portière et démarrer était auparavant la seule marche à suivre, en pressant un seul bouton. Une toute autre histoire aujourd’hui, puisque la plupart des portières seront fermées à clef. Niko devra briser la vitre pour s’installer au volant, puis trafiquer quelques fils pour démarrer. De précieuses secondes égrenées, qu’il faudra au final prendre en ligne de compte lors d’un casse ou d’une fuite. De même, se procurer des armes ne s’apparentera plus à dushopping facile au supermarché du coin. Faute de permis, il sera nécessaire de s'adresser à quelques contacts louches, pour en acquérir illégalement sous le manteau. Niko Bellic prêt à en découdre. Mais a-t-il seulement le choix? Rockstar devrait aussi étoffer un peu le champ des alternatives laissées au joueur pour mener à bien sa mission. Jeronimo Berrera, vice président du développement produit chez Rockstar Games, confie qu’il y aura de nombreuses manières d’appréhender chaque situation, rendant l’expérience de jeu unique pour chaque joueur, un peu à la manière d’un Deus Ex. Dans cette optique, le rapport aux autres sera primordial ; puisque créer certaines alliances, et ne pas agir seul, facilitera sans doute le déroulement des opérations. Et quand bien même les choses tourneraient mal, les forces de police ne pourchasseront plus sans relâche le joueur où qu’il soit une fois l’indice de recherche déclenché, mais quadrilleront un périmètre précis, qui s’agrandira avec le degré d’alerte. Il suffira de quitter cet espace pour être tiré d’affaire, si tant est que semer les policiers chauffards soit possible. Le système de tir, quelque peu malmené lui aussi du fait de son manque flagrant de finesse (tirer dans le tas à découvert était pour ainsi dire la technique la plus usitée), gagnera en subtilité. Caméra épaule, exploitation du décor pour se mettre à couvert, tir par dessus un obstacle, ciblage pertinent, roulades facilitées… GTA IV emprunte aux jeux d’action les plus récents, histoire de gagner un tantinet en crédibilité lors des fusillades. La gestion des dégâts devrait être localisée qui plus est, et il suffira d’observer les vêtements de Niko pour juger de son état de santé. Blessé, ils seront tâchés de sang, et il sera alors conseillé d’aller se restaurer un peu. Une somme de détails qui, mis bout à bout, donnent plus de consistance et de variété au gameplay. Mais ce souci de réalisme se révèle aussi, et c’est un point essentiel de cette nouvelle itération, dans le ton donné au jeu, à sa narration, et à l’atmosphère qui s’en dégage. Certes, GTA IV surfera toujours sur les crimes crapuleux, les luttes de gangs, et les vendetta à l’emporte pièce, mais d’une manière plus mature, plus sérieuse. Comme le dit lui même Barrera, « ce sera un style de GTA différent »… « C’est l’histoire d’un immigrant, et on sent que ce monde est si réaliste, si détaillé, que l'on est cet immigrant. Le joueur est l’immigrant ». Rockstar, par le biais de Niko Bellic, donne ainsi sa vision du rêve américain, et de tout ce qu’il peut avoir d’illusoire. Le scénario place immédiatement le joueur face à cette froide évidence ; puisque l’expatrié d’Europe de l’Est, persuadé, en gagnant les Etats-Unis, de toucher du doigt l’Eldorado promis par son cousin, n’y trouvera en vérité que pègre et violence. Des fléaux qu’il pensait justement avoir laissés derrière lui. Il sera d’ailleurs vraisemblablement pris dans l’engrenage contre sa volonté. Un background plus travaillé, donc, pour un rapport à la violence différent lui aussi. « La manière de la décrire se fait par un ton différent », explique Barrera. « Le jeu sera autant violent que non-violent, selon les intentions du joueur ». Des déclarations que l’on attend de vérifier une fois le pad en main, mais qui témoignent d’une utilisation plus judicieuse de l’immoralité.Rockstar assagi ? GTA IV sera sans doute l’épisode tant attendu de la maturité. Il est bon de signaler que le jeu comportera un mode multijoueur online, espéré de longue date par les fans (en témoigne la création de multiples mods, qui permettent déjà le jeu multi sur PC). Peu d’éléments ont encore été dévoilés à son sujet, mais nul doute que ces ajouts apporteront une nouvelle dimension à la série. Très attendu par les gamers de toute la planète, GTA IV aura à coeur de rapidement faire oublier le ras de marée Halo 3 de 2007. Une ambition loin d'être ridicule. Retour à Liberty City le 29 avril. |
| Mise à jour le Samedi, 09 Février 2008 23:11 |