VERSION BETA1

BACKSTAGE Evénements Games Convention 2008: sans faire de vagues
Games Convention 2008: sans faire de vagues
Écrit par Thomas PALPANT   
Mercredi, 27 Août 2008 17:51

 

 

GC08

 

 

Le deuxième grand rendez-vous annuel de la planète jeux vidéo, qui ambitionne de rassembler en son sein toutes les franges de l’industrie, n’a semble-t-il guère dévié de sa trajectoire, entrevue les années précédentes. Se posant comme le principal salon eu Europe, ouvert à la fois au public et aux professionnels, la Games Convention joue les équilibristes, couvrant chaque domaine de la sphère ludique, et donnant la possibilité aux éditeurs de faire étalage de toute la démesure de leur catalogue. L’E3 Media & Business Summit ayant une nouvelle fois déçu les cadors du secteur, au point d'être menacé du pire (on se souvient du titre donné par nos confrères de GamesIndustry à leur bilan, "l'E3 doit changer ou mourir"), il était intéressant d’observer si le salon de Leipzig était en mesure de trouver la dimension qui lui manque pour devenir la nouvelle vitrine mondiale du jeu vidéo, alors même que le marché européen est en passe de faire la loi au Gargantua d’outre-Atlantique. Dans cette optique, la Games Convention s’est-elle hissée à la hauteur de la grand-messe californienne? Penchons-nous sur la question.

 

Toujours plus haut

 

Comme le Leipziger Messe l’avait initialement projeté, cette cuvée 2008 a propulsé la salon allemand vers de nouveaux sommets, en terme d’affluence. Alors que l'édition 2007 avait enregistré une petite hausse de 1% de sa fréquentation par rapport à 2006, la GC 2008 aura allègrement franchi le palier symbolique des 200 000 visiteurs. 203 000 passionnés sont en effet venus satisfaire leur curiosité vidéoludique. Ils étaient 185 000 en 2007, soit une hausse plus que satisfaisante de 10%. À côté des 5000 initiés ayant arpenté les travées du Convention Center il y a quelques semaines, cette Games Convention confirme sa grande popularité, et son statut d’événement tourné vers le grand public. 547 exposants ont répondu présents, contre 503 en 2007 (+9%). 115 000 m2 ont été alloués à l'événement, contre 112 500 l'an dernier (+2%). 14 600 professionnels étaient présents, et quelques 3800 journalistes, venus de 48 pays. Ils étaient 12 300 professionnels en 2007 (+19%), et 3395 journalistes (+12%) issus de 46 pays. Une édition 2008 qui aura fait une fois encore dans le "plus de", comme pour souligner que rien n’entravera son ascension.

 

Pourtant, force est de constater, malgré la couleur verte de ces indicateurs, que cette Games Convention n’aura que très peu déchaîné les passions parmi les grands décideurs de l’industrie. Tous mobilisés, à l’exception d’Activision, Blizzard, et consort, lors de l’E3 Media & Business Summit, assurant de grandes conférences de presse pour présenter aux journalistes et aux investisseurs stratégies et line-up, ils se sont contentés du minimum à la Games Convention, préférant une démonstration de leurs produits "en situation", plutôt que des discours pétris d’intentions. Symbole de ce "détachement", Nintendo et Microsoft auront particulièrement brillé par leur absence, exactement comme l’an dernier. La firme de Kyoto, préférant les petites présentations locales, et les frappes chirurgicales médiatiques, n’est pas une adepte des salons internationaux, et l’aura encore prouvé cette fois-ci, en boudant totalement le feu des projecteurs européens. Microsoft, quant à lui, avait à l’évidence lâché la plupart de ces cartouches lors de l’E3, et n’aura donc pas jugé bon de déclamer un discours réchauffé, alors même que sa position se fragilise en Europe, et nécessiterait une multiplication des initiatives. Microsoft Games était tout de même présent pour vanter les mérites ludiques de Fable 2, Banjo Kazooie Nuts & Bolts, et du plus lointain Halo Wars. Gears of War 2 était quant à lui logiquement absent, le premier épisode ayant été interdit à la vente en Allemagne.

 

 

Heavy Rain

Nintendo (surtout) et Microsoft absents, Sony avait le champ libre pour briller (Heavy Rain)

 

 

Sony joue le jeu

 

Sony, à l’inverse, a opté pour une stratégie localisée, conservant des annonces pour chaque salon, et chaque continent, comme l’avait bien précisé Shuhei Yoshida, président des studios de Sony Worldwide, au cours du salon de Leipzig. "Il est toujours important d'avoir quelque chose d'excitant pour chaque événement clé auquel nous participons, et cette Games Convention prend réellement de plus en plus importance, pas seulement en ce qui concerne le marché européen, mais l'industrie dans son ensemble", avait souligné le successeur de Phil Harrison. "E3, Games Convention, Tokyo Game Show, nous nous assurons d'avoir quelque chose de fantastique pour chacun de ces événements, et également d'envoyer certains messages aux marchés locaux". En l’espèce, c’est exactement la stratégie que le constructeur a adopté, celle-ci lui permettant de s'accaparer une couverture médiatique importante sur chacun des principaux marchés, sans donner la sensation de délaisser le moindre d’entre eux. Si les surprises ne se sont pas forcément bousculées au portillon, on ne peut que saluer cette position, qui montre la réelle implication de Sony sur le marché du vieux continent.

 

La compagnie avait quand même quelques annonces sympathiques dans son escarcelle, comme l’avait promis David Reeves, président de SCEE. Celle de l’arrivée le 15 octobre prochain d’un "nouveau" modèle de PSP (série 3000), comportant un microphone intégré, l’application Skype, ainsi qu’un écran moins réfléchissant, distillant plus de couleurs, et un meilleur contraste. Du côté de la PlayStation 3, le géant de l’électronique a levé le voile sur un modèle 160 Go, destiné à préparer le boom des téléchargements et l'expansion du PlayStation Network, afin de stocker ses données et ses jeux sans craindre de devoir lever le pied (31 octobre). Il a également révélé l’existence d’un mini-clavier pour la PS3, étrangement similaire à celui de la Xbox 360, et venant se greffer à la Sixaxis/Dual Shock 3, pour une navigation optimale sur le web, et sur le futur PlayStation Home (dont il n’a hélas que très peu été question au cours du salon). Les utilisateurs européens pourront en outre compter sur le service Vidzone, proposant la lecture gratuite en streaming de vidéos et musiques, en attendant une boutique de téléchargement au troisième trimestre 2009, et la vidéo à la demande, déjà lancée aux Etats-Unis. Enfin, Sony aura dévoilé la date de sortie du fantastique Little Big Planet (29 octobre), et projeté un premier trailer in-game du prometteur Heavy Rain de Quantic Dream (Fahrenheit), sans compter les démonstrations de MotorStorm Pacific Rift, Killzone 2, ou bien encore Resistance Retribution.

 

 

Mirror's Edge

Que ce soit aux États-Unis ou en Europe, l'hallucinant Mirror's Edge a fait sensation

 

 

Du très lourd, mais une redite

 

Côté éditeurs, les jeux présentés, la plupart déjà connus, étaient naturellement innombrables, et destinés à flatter les sens des visiteurs, pour préparer au mieux le rush de fin d’année. Sans surprise, les grands gagnants de l’E3 Media & Business Summit se sont montrés à leur avantage, à commencer par Electronic Arts, qui s’adjuge quatre "best of GC", pour Spore (meilleur jeu PC), Mirror’s Edge (meilleur jeu Xbox 360), Warhammer Online (meilleur jeu en ligne), et Skate It (meilleur jeu Wii). Le géant américain dévoilait également un nouveau jeu de tennis, et présentait Crysis Warhead, les Sims 3, Need For Speed Undercover, Dragon Age : Origins, FIFA 09, ou bien encore Rage et Dead Space. De quoi faire frémir la concurrence, tant la qualité et l'audace étaient au rendez-vous. Ubisoft, encore une fois clinquant, présentait Prince of Persia, Far Cry 2, The Lapins Crétins Show, Tom Clancy’s Endwar, Shaun White Snowboarding, Naruto : the Broken Bond, mais également le nouvel Anno (1404), franchise PC très appréciée outre-Rhin. Konami était particulièrement en verve, et a profité de la Games Convention pour faire la démonstration de PES 2009, Silent Hill Homecoming, Rock Revolution, Castlevania Judgment, Order of Eccledia, Enchanted Folk, et dévoiler en exclusivité mondiale le God of War-like Lords of Shadow. Le premier éditeur japonais en terme de résultats aura aussi été l'un des plus impliqués lors de cette Games Convention.

 

SEGA, comme ses confrères, avait de nombreux titres à promouvoir, dont les superbes Sonic Unleashed, et Sonic Chronicles, mais aussi un nouveau House of the Dead sur Wii (Overkill), le festif Samba de Amigo Wii, le sanglant Madworld, ainsi que Bayonetta et Empire: Total War. Hélas pas de nouveau Jet Set Radio, ni de Skies of Arcadia en vue (en attendant le Tokyo Game Show?). Chez Activision Blizzard, après la parenthèse E3, il y avait quelques titres AAA à admirer, parmi lesquels Call of Duty World at War, Guitar Hero World Tour, Quantum of Solace, ou bien encore Wrath of the Lich King et Diablo III. Capcom a fait reluire les magnifiques Resident Evil 5 et Bionic Commando, de même que Street Fighter IV, Dead Rising Wii et Dark Void. Midway avait dans ses valises This is Vegas, The Wheelman, TNA impact!, et MK vs. DC Universe, pour espérer redorer un tantinet son blason. Signalons aussi l’étonnant jeu de course en open space de Codemasters, FUEL, le Motorstorm-like Pure de Disney Interactive, la valeur sûre Fallout 3, meilleur jeu de l'E3 2008, l’explosif Wanted de Warner Bros Interactive, ou bien Nikopol: La foire aux immortels des français de White Birds Productions, parmi les autres titres sur lesquels il faudra garder un œil. Impossible bien sûr de citer l’ensemble des titres présentés lors de cette Games Convention, qui aura réservé son lot de sensations vidéoludiques, à défaut de réellement surprendre.

 

 

Little Big Planet

Little Big Planet sera-t-il la révolution tant espérée?

 

 

Du mouvement en 2009

 

Car le show de Leipzig, ne nous y trompons pas, avait surtout des airs de répétition générale, de grand catalogue interactif visant à promouvoir l’offre des éditeurs pour le second semestre. Contrairement à l’E3, qui donne encore les principales tendances des mois, voire des années à venir, la Games Convention laisse de côté la stratégie, les tractations financières, et les graphiques à l’emporte-pièce pour ne parler quasiment que de jeux (si on excepte l'introduction GCDC, alternative discrète à la Game Developers Conference). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les deux salons s’avèrent finalement assez complémentaires, et pourraient parfaitement coexister si le calendrier bousculé par l’Entertainment Software Association il y a deux ans, n'était pas aussi absurde (l'E3 avait alors lieu au mois de mai, période bien plus propice de l'avis de tous). Un problème que nous pointions déjà du doigt l'an dernier, mais auquel l'ESA n'a toujours pas remédié, probablement pour couper l'herbe sous le pied de son "concurrent" allemand (lequel lui rendra peut-être bientôt la pareille, puisque le Leipziger Messe compte exporter la Games Convention en Amérique du Nord, après avoir posé le pied à Singapour). Précédé seulement d’un mois et demi par le salon de Los Angeles, la Games Convention souffre encore trop du syndrome "disque rayé" pour soulever les foules, et du manque d’implication de Microsoft et Nintendo pour emporter l'adhésion. En l'état, il ne représente qu'une superbe vitrine commerciale, et un moyen efficace de toucher directement le grand public. Pas un salon impactant l'industrie, et à même d'en modifier les rouages. Sans pointer du doigt le travail colossal du Leipziger Messe, qui a fait au fil des ans de ce rendez-vous estival un point de convergence privilégié, force est de constater que la Games Convention n'apporte pas vraiment de "plus", au point de la rendre 100% indispensable.

 

----------

 

D'autant que le show de Leipzig se trouve aujourd'hui sérieusement menacé par les velléités du Koeinmesse, société organisatrice du futur GamesCom, soutenu par l'association des éditeurs allemands BIU (Bundesverband Interaktive Unterhaltungssoftware), bien décidé à créer un nouveau salon, doté d'infrastructures de transport et d'hébergement à même de répondre à tous les besoins, et qui apporte une véritable valeur ajoutée. À l'heure où les plus grands éditeurs organisent tous ou presque leurs propres événements, et n'attendent plus forcément les grands salons internationaux pour dévoiler leurs trésors vidéoludiques, une remise en question est de mise, afin de capter de nouveau l'attention et l'intérêt des constructeurs et cadors du secteur, et éviter une trop grande dispersion. Le Tokyo Game Show 2008 apportera peut-être à ce titre quelques réponses, et rattrapera une première partie d'année un peu morne (du point de vue des salons), où l'excitation et les surprises n'ont que rarement été palpables. L'industrie des jeux vidéo, que rien n'entrave dans sa course à la croissance à deux chiffres, deviendrait-elle une mécanique trop huilée?

Mise à jour le Vendredi, 29 Août 2008 19:27