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BACKSTAGE Les dessous du jeu Charts USA - Avril 2008
Charts USA - Avril 2008
Écrit par Antoine EMOND   
Lundi, 19 Mai 2008 22:54

 

 

 

Les analystes et la presse spécialisée du monde entier attendaient avec force impatience la publication des ventes de consoles et de jeux vidéo aux États-Unis pour ce mois d’avril 2008. Pour cause : des sorties majeures telles que Grand Theft Auto IV et Mario Kart Wii devaient booster des ventes habituellement mornes à cette période de l’année sur le premier marché de la planète. Et relancer la course au leadership dans la guerre de la haute définition que se livrent ouvertement Microsoft et Sony. Étonnamment, une partie de ces prémonitions ne s’est pas matérialisée. Ce n’est sans doute que partie remise.

 



Thomas Palpant vous avait révélé l’information la semaine dernière : en dépit de la sortie événementielle de GTA IV, véritable cauchemar du tout Hollywood, pressenti pour être la poule aux œufs d’or du secteur du divertissement tous supports confondus en 2008, la Wii a littéralement écrasé un duo PlayStation 3 / Xbox 360 à la recherche d’un second souffle. Un mois surprenant, qui a remis en cause bien des certitudes. Et qui est loin de marquer la fin des hostilités entre les deux géants du high tech.


Avec la sortie en grandes pompes de Grand Theft Auto IV et son lourd arsenal marketing, tout le monde s’attendait à un sursaut explosif du marché étatsunien du jeu vidéo. Le panéliste indépendant NPD Group a confirmé « l’effet GTA », en dévoilant des chiffres en hausse de plus de 40 % d’une année sur l’autre pour l’industrie du jeu vidéo dans son ensemble, qui affiche fièrement un chiffre d’affaires total de 1,23 milliard de dollars en avril. Mais c’est bien côté logiciel et non matériel que la croissance aura été la plus forte. Les ventes de jeux vidéo ont ainsi engendré un revenu record de 654,7 millions de dollars, en hausse de 68 % par rapport à avril 2007, alors que la hausse, plus modérée, ne s’avère être « que » de 26 % pour les consoles. Si la présence de trois million sellers à une période de l’année habituellement tranquille prouve que « les très bons jeux peuvent très bien se vendre, y compris durant les mois creux de l’année » comme l’a confié Anita Frazier au magazine GameDaily, les résultats de la Xbox 360 et de la PlayStation 3 ont déçus et surpris. Mais tout le monde s’attend à un sursaut en mai, puisque Microsoft parle déjà d’une hausse de 54 % des ventes depuis la sortie de GTA IV aux États-Unis, et Sony de 50 % sur le plan mondial.


La firme de Kyoto n’y est pas allée de main morte en ce mois d’avril. Que ce soit côté software, où les jeux de la Nintendo DS et de la Wii trustent le top 10 comme jamais (4 titres Wii, 2 titres DS), ou côté hardware, avec une Wii au sommet que seule la Nintendo DS semble en mesure d’atteindre, le constructeur japonais à la poigne de fer semble plus que jamais intouchable en Amérique du nord. Dans le détail, la Wii est première du classement matériel en cumulant près de 714 000 ventes. Si elle subit une légère baisse par rapport au mois précédent (721 000 unités vendues), celle-ci est étonnamment plus douce que celle qui a touchée la Xbox 360 et la PlayStation 3, pourtant plateformes de choix des aventures de Niko Bellic. Et si Super Smash Bros. Brawl, Wii Play, ou encore Guitar Hero III: Legends of Rock continuent leur parcours sans fausse note, le cas de Mario Kart Wii, sorti simplement deux jours plus tôt que le monstre sacré GTA IV, est remarquable : loin du résultat exceptionnel de GTA IV sur Xbox 360, la dernière production de la firme japonaise s’est tout de même permis de coiffer sur le poteau la version PlayStation 3 du titre subversif de Rockstar avec 1,12 millions de copies vendues. Anita Frazier, auteur du rapport détaillé du panéliste Yankee, présente à ce titre le jeu de Nintendo comme « un exemple classique de contre-programmation » : en clair, un bon jeu n’a pas à craindre la sortie d’un énorme blockbuster, même lors d’une période jugée traditionnellement peu favorable au secteur. Et cela d’autant plus que son univers est différent. La Nintendo DS n’est pas en reste, même si elle accuse une forte chute par rapport au mois précédent : de 698 000 exemplaires écoulées, la console tactile est tombée à 415 000 unités vendues. La portable a tout de même placé deux de ses représentants dans le top 10 logiciel ; les incontournables Pokemon ont en effet trouvé preneurs auprès de 404 000 chasseurs de monstres (7ème et 8ème position du classement software).

 


La Xbox 360 a l’habitude de dominer outrageusement le marché software aux États-Unis. Sans surprise, elle conserve son rang en surpassant toutes les autres consoles du marché en termes de ventes de logiciels. Mais, alors qu’elle avait généralement l’emprise sur le top 10 logiciel tant en termes de représentants que de ventes cumulées, elle doit se contenter pour ce mois d’avril de la seule seconde partie de cette proposition. Elle se console toutefois avec un fait fort : GTA IV s’est écoulé à plus de 1,85 millions d’unités sur la console de nouvelle génération de la firme de Redmond, en à peine cinq jours de présence sur les étals.  Et, à ce titre, la version Xbox 360 du jeu événement de Rockstar éclipse les résultats pourtant phénoménaux de Mario Kart sur Wii et surtout de GTA IV sur PlayStation 3. Ce résultat fait la fierté de Microsoft, qui revendique 65 % des ventes du blockbuster qualifié de « meilleur jeu du monde » par Libération. Mais ne cache pas un constat beaucoup plus troublant : les ventes de Xbox 360 sont en net recul par rapport au mois précédent, un résultat pour le moins inattendu. Est-ce que, comme de nombreux analystes le déclarent, le prix trop élevé des consoles HD aux États-Unis ne permet plus de toucher un public suffisamment conséquent, les early adopters ayant déjà succombé à la PS3 et à la Xbox 360 ? Le numéro un mondial du logiciel a sans doute sa petite idée sur le sujet. Et, fort d’un troisième trimestre consécutif dans le vert de sa division Entertainment & Devices, on peut envisager une baisse de prix de la Xbox 360 outre-Atlantique au terme de l’année fiscale, au cours de l’été ou plus sagement en septembre, qui pourrait relancer les ventes sur le modèle de ce qui c’est fait sur le vieux continent.
 
 
Enfin, Sony clôt pour moins de mille unités d’écart le classement des consoles de salon avec 187 100 exemplaires écoulés pour sa PlayStation 3. Une performance là encore décevante, qui prouve que, en avril tout du moins, la sortie de Grand Theft Auto IV n’aura pas tenu son rôle de system seller.  Mais qu’importe, la firme de Tokyo a quelques arguments de poids dans sa besace : GTA IV représente le meilleur lancement d’un jeu PS3 aux États-Unis, et Gran Turismo 5 : Prologue réalise un démarrage honnête, surtout lorsque l’on sait que les ventes du PSN ne sont pas comptabilisées par l’institut NPD Group. Et alors que Microsoft revendique 65 % des ventes de la quatrième itération de la saga GTA, Sony répond que, proportionnellement, la version PlayStation 3 s’est mieux vendue, puisqu’elle a touché 23,3 % du parc des possesseurs nord-américains de la console, contre 18,3 % pour la version Xbox 360. En somme, le futur contenu exclusif de la version Xbox 360 n’aura pas suffi pour Sony à rompre l’idée bien implantée dans l’esprit des joueurs selon laquelle GTA est une franchise intimement liée à la marque PlayStation. La PSP, quant à elle, occupe la dernière place du podium hardware avec 192 700 unités vendues, là encore en forte baisse. Et, comme souvent, elle ne place aucun jeu dans le top 10. Rien de dramatique toutefois, mais l’heure n’est plus à la quête de la première place sur le marché des consoles portables.