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CRITIQUES Test Lips
Lips
Écrit par Thomas PALPANT   
Mardi, 16 Décembre 2008 23:02

 

 

Lips

 

 

L’éternel refrain du gamer velu, cumulant goulûment les dizaines d’heures de vol sur le Live, a la vie dure sur Xbox 360. Mais voilà que pour sonner un peu plus juste aux oreilles des profanes, Microsoft prend le micro pour chanter les louanges du social gaming, en pleine casual mania. Juste après l’arrivée du blockbuster core par excellence, Gears of War 2, et face au maestro Singstar, l’arrivée de Lips fait figure de curiosité dans le paysage vidéoludique. Le jeu musical d'iNiS est-il ce sésame miracle qui ouvrira grand les portes du grand public à la Xbox 360?

 

Le changement dans la continuité

 

Sur le fond, Lips déroule une partition éprouvée, sans essuyer le moindre plâtre. Le joueur a le choix entre différents morceaux, plus ou moins corsés, chante en s’aidant des indications à l’écran (paroles bien évidemment, mais aussi longueur et hauteur du chant), et se voit décerner une note au terme de sa prestation, dans la grande tradition des jeux musicaux. Point de "AAA" pour les ténors de la corde vocale, mais un "Big Bang", vocabulaire plus "universel", comprenant également des Météores, Planètes, Supernovas et autres Galaxies. Une astucieuse manière de ne pas sanctionner et stigmatiser les artistes aux envolées mélodiques approximatives par un FFF implacable. À noter que le joueur sera amené à franchir différents paliers ou classes (Chanteur de douche, Soliste du dimanche, jusqu’à devenir la Sensation du moment, ou l’Usine à tubes) à la manière d’un RPG, un détail agréable traité avec humour, qui donnera l’illusion de progresser un minimum. Les menus de Lips, sobres et tendances, surfent sur la charte et le minimalisme graphique d’iTunes. Il est possible de classer, noter ses morceaux, et créer des listes de lecture (Juke-box), tout comme le lecteur musical phare d’Apple. On peut en outre personnaliser l’arrière plan des menus, la couleur des DEL des micros, et quelques effets sonores bien sympathiques.

 

 

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Une lisibilité optimale, en toutes circonstances

 

 

Sur la forme, Lips propose moult nouveautés et ajouts, histoire d’apporter sa pierre à l’édifice musical sans donner l’impression d’une redite déguisée du concurrent de Sony. Tout d’abord, le système de notation, entrevu plus haut, est décomposé en six critères principaux, symbolisés par des médailles, que le joueur pourra obtenir en cours de partie, si tant est que sa prestation soit à la hauteur : Il s’agit du ton, de la stabilité, du rythme, de la fiesta (usage des boutons du pad pour battre la mesure), de la technique, et de la performance globale. Rafler ces six sésames en une seule partie n’est pas chose aisée, et bien que le compteur de points ait tendance à s’envoler facilement, même en cas de baragouinage éhonté, il faudra être précis, articuler, et coller au plus près à la mélodie, pour espérer décrocher la timbale. Un chant technique, mais qui ne rebutera jamais les chanteurs maladroits, qui se verront récompensés par un score volontairement trompeur. Lips n’a pas vocation à désigner les meilleurs, mais surtout à faire en sorte que chacun participe. D’où une autre très bonne idée des développeurs, qui ont intégré, selon les morceaux, plusieurs instruments à percussion, utilisables par le biais des quatre boutons du pad (plus les deux boutons de tranche). Une astuce qui permet d’impliquer les spectateurs, et d’éviter une attente trop passive, au cas où la paire de micros serait monopolisée trop longtemps.

 

Imprécision

 

Toutefois, en pratique, suivre le tempo de la chanson sera quasi-impossible, étant donné le temps de latence abyssal entre la pression du bouton et le son à l’écran. Les plus acharnés parviendront à rattraper rapidement le rythme de la chanson, mais les autres battront la mesure en désynchronisation anarchique, au risque d’énerver les joueurs en train de pousser la chansonnette. Même son de cloche pour les deux micros. D’une finition exemplaire, ils permettent, grâce à une reconnaissance de mouvements, de simuler tambourins et maracas d’un mouvement de poignet, mais hélas, sans plus de réussite. Un coup dans l’eau. La capacité des micros permet cela dit d’ajouter un peu de "mouvement" aux parties. Repris de l’incontournable Star Power de Guitar Hero (activable en inclinant sa guitare vers le haut), le Star Stream permet de multiplier les points en reproduisant une "pose" à la Samba de Amigo, indiquée à l’écran. Celle-ci apparaît dès que la jauge de chant est complète. Plutôt amusante, cette option permet de dynamiser et d’encourager la prestation scénique, histoire de s’enflammer un tantinet pour assurer l’ambiance, à défaut de briller avec sa voix. Mais comme pour la rythmique, on regrettera l’imprécision notoire des micros, évoquant le syndrome Wiimote, où un petit coup de poignet est souvent plus efficace que le mouvement complet pour valider une action. Ainsi, dans Lips, il suffira la plupart du temps d’incliner le micro d’un geste bref pour déclencher le Star Stream. L’intention est là, mais le jeu pêche trop souvent dans la finition. On saluera malgré tout l’initiative qui rompt avec le schéma immuable du karaoké.

 

 

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Un système de notation plutôt neutre et "généreux"

 

 

Et il faut bien avouer que Lips sort des sentiers battus à la moindre occasion. Pour chaque morceau, il est possible d’opter pour le chant classique, avec un clip en toile de fond (d’origine, "personnalisé", ou bien une animation aux couleurs sursaturées bien kitch), mais également pour trois mini-jeux plutôt originaux. La bombe à retardement propose de chanter afin de remplir son verre d’eau, pour ensuite le verser (en inclinant son micro) sur la mèche. Le but consiste logiquement à empêcher la bombe d’exploser avant la fin de la chanson. Puisque la musique adoucit les mœurs, les Bisous auront vocation à rapprocher filles et garçons le temps d’une étreinte virtuelle. Un homme et une femme courent l’un vers l’autre, plus ou moins lentement selon la qualité du chant. Dès qu’ils sont presque réunis, il suffit d’incliner simultanément son micro pour qu’ils s’embrassent langoureusement. À l’inverse, le combat musical oppose deux rockeurs bien trash, qui s’affrontent au gré de la mélodie. Seul le meilleur chanteur pourra faire triompher son remuant avatar. Sympathique, même si l’issue des combats apparaît bien aléatoire par moments. Reste que cette composante party-game est fort bienvenue, et singularise Lips par rapport à son comparse Singstar, un tantinet plus classique.

 

Standardisation

 

Et outre le chant en lui-même, un fossé sépare les deux softs en terme de playlist. Alors que Singstar, fort de ses années d’expérience s’est démultiplié par genre ou époque musical(e) (années 90, R&B, Rock, ABBA, etc…), Lips joue les touches à tout. Plusieurs époques, plusieurs univers, il y en a pour tous les goûts. De The Cure à Radiohead, en passant par Duran Duran et Blondie. Sur le plan de la difficulté, l’équilibre est encore une fois de mise. Un White Flag (Dido) ou un Island in the Sun (Weezer) s’entonnent sans accro, grâce à leur tempo lent et régulier, alors que les phrasés fusants de Beyoncé et consorts sur Survivor mettront les plus valeureux sur les genoux. Et le principal défaut de Lips ne tarde pas à faire son apparition. La quarantaine de morceaux est à 100% d’origine anglo-saxonne, et aucun titre dans la langue de Molière ne vient entrecouper une play-list qui n’a d’internationale que le nom. Il n’est point question de chauvinisme, ni de rejet de la langue anglaise, car une bonne part des morceaux sont connus (voire reconnus), et très agréables à l’écoute, aussi bien qu’à chanter. Seulement, la difficulté extrême de certains titres, alliée à la barrière naturelle de la langue rend l’expérience parfois poussive, et coupe Lips d’une partie de son public (d’un point de vue de français, naturellement). Certes le soft s’adresse en priorité à un public jeune (ados, jeunes adultes), comme en témoigne la politique de communication de Microsoft autour du titre, mais on aurait aimé que les seniors et les plus jeunes puissent se joindre à la danse.

 

 

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Le Star Stream, l'une des très bonnes idées de Lips

 

 

De même, à trop vouloir mixer les genres et les époques, les chanteurs en culotte courte se sentiront totalement exclus, découvrant des morceaux qu’ils n’ont jamais entendu, et qu’ils seront incapables de reproduire vocalement. On aurait apprécié une playlist un minimum "localisée", mélangeant morceaux français et anglais, afin de ne laisser personne sur le carreau. Lips veut faire plaisir à tout le monde, internationalement, mais peine à se définir une identité musicale. D’autant que ce ne sont pas les quelques morceaux téléchargeables (160 points chacun), lesquels se comptent sur les doigts d’une main, qui viendront renouveler l’expérience. En guise de substitut, Lips propose une innovation très intéressante, celle de connecter son baladeur MP3 (la plupart des modèles du marché sont compatibles) à la Xbox 360 via un simple cordon USB. Instantanément, la playlist de l’appareil apparaît à l’écran, et on peut alors chanter ses propres morceaux à l’envi. Toutefois, précisons bien que le baladeur devra impérativement rester connecté, il n’est pas possible d’uploader ses MP3 sur la console. D’autre part, il faudra compter sans les paroles, et avec une gestion des points et des jauges plus qu’aléatoire. Microsoft affirme être en mesure de proposer des paroles selon les morceaux connectés, mais nous n’avons observé cette fonctionnalité sur aucun d’entre eux. Autant dire que l’option ne sert quasiment à rien, hormis si les participants connaissent déjà les paroles sur le bout des doigts. Une fois encore, Lips tente l’innovation, mais plutôt maladroitement. Enfin, signalons la présence discrète d’un mode duel en ligne, pour défier ses amis en différé. Appréciable, mais le fait de chanter à distance sans même voir son adversaire n'aide pas vraiment à rentrer dans le jeu.

 

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Pour un coup d’essai, on peut dire qu’iNiS s’en sort avec les honneurs, livrant un soft de karaoké équilibré, plutôt bien pensé, et saupoudré de bonnes idées. Par le biais de périphériques inventifs, on prend plaisir à entonner des morceaux de qualité, à participer à quelques mini-jeux conviviaux, et à profiter des spécificités du produit, du Star Stream aux percussions, en passant par la playlist extensible à l’infini. Du moins en théorie. Car le manque d’expérience de la franchise est palpable, notamment par le choix des morceaux, et par des fonctionnalités bancales au degré de finition approximatif, sans parler d’un online anecdotique, qui ferait presque oublier que la Xbox 360 est la reine du jeu en réseau. Des erreurs de jeunesse à corriger impérativement dans le futur, pour garantir à cette licence prometteuse un avenir sans fausses notes.

 

 

notes

 

 

Mise à jour le Mercredi, 17 Décembre 2008 01:27
 
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