| FIFA 09 |
| Écrit par Thomas PALPANT |
| Lundi, 13 Octobre 2008 10:10 |
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Coupable d’années d’errance, à pondre des expériences footballistiques approximatives, Electronic Arts est aujourd’hui au seuil de la rédemption. Auréolé d’un exercice 08 brillant, qui a effacé d’une traite son lourd passif de cancre du ballon rond virtuel, le roi déchu doit à présent confirmer l’écrasant renouveau du transfiguré FIFA. À l’heure où la simu star de Konami se heurte à la dure réalité de la nouvelle génération, FIFA 09 a la balle du KO au bout des crampons. A-t-il pour autant les épaules pour ne pas rater le cadre?
Sur de bonnes bases
On ne change pas une équipe, ni même une formule qui gagne. Après être reparti de zéro, et avoir sué sang et eau pour bâtir un moteur en béton armé, EA Sports a construit FIFA 09 sur les excellentes bases établies par son prédécesseur. L’aficionado du crû 08 se sentira d’ailleurs comme chez lui dès les premières minutes, puisque les menus et la navigation sont les mêmes à la ligne près, et le virevoltant Ronnie toujours là, même sous les couleurs de l’AC Milan. Ne nous y trompons pas, les orfèvres du polygone d’EA Sports ne se sont pas tournés les pouces, et quelques coups du sombrero plus tard, penchons-nous sur les 250 améliorations promises par les cadres du développeur.
Premier point flagrant. Les joueurs péniches de FIFA 08 sont rentrés au vestiaire, au profit d’artistes plus mobiles, plus réactifs. Chaque membre répond au doigt et à l’œil, et la ribambelle de dribles au stick droit ravira les adeptes de la roulette de Zizou, et autres passements de Jambe à la Roberto Mancini. Peu évidents à sortir en situation, ils requièrent de la pratique, mais s’avèrent parfois déterminants pour effacer un dernier défenseur. L’inertie extrême des protagonistes après une accélération rendait les déplacements plus périlleux sur FIFA 08, et obligeait à anticiper ses actions à l’extrême. Cette caractéristique n’a pas totalement disparu, puisque le temps de latence entre le contrôle sur le pad, et le résultat à l’écran est toujours là, bien qu’un poil atténué. À la différence près qu’une jauge de passe et de tir, héritée d’UEFA EURO 2008 (tout comme les postures de joies après un but) a fait son apparition. Très pratique pour doser ses frappes, imprimer un véritable rythme à une touche de balle, et basculer le jeu rapidement d’une aile à l’autre. Mais comme pour FIFA 08, une réaction trop tardive sera synonyme de perte de balle, ou d’occasion ratée. Pour s’en rendre compte, il suffit d’expérimenter la difficulté des un contre un face au gardien. Sans le timing parfait, le portier dévira le cuir à coup sûr, ou viendra chiper le ballon dans les pieds de l’attaquant malheureux, quitte pour un bon salto avant. D’autant que les gardiens n’encaissent plus les tirs croisés au sol aussi facilement, et s’avèrent de solides remparts question sorties aériennes. Marquer sur corner, ou sur un centre, d’une petite tête lobée était terriblement aisé sur FIFA 08, si bien que le jeu par les couloirs prenait souvent le dessus. Mais EA Sports a totalement revu l’équilibre de son titre.
Appels de balles et passes en profondeur sont plus déterminants que jamais
Sur cette nouvelle itération, l’arme fatale s’appelle la passe en profondeur. Qu’elle soit au sol, ou aérienne, elle mettra dans le vent bien des défenseurs. Un peu trop à notre goût. Les défenses jouant plus haut qu’à l’accoutumée, l’IA prend un malin plaisir à balancer des passes hautes dans la course, dans une zone arrière complètement désertée par les défenseurs. Résultat, bien trop d’escapades désespérées pour rattraper les attaquants de pointe, et des matchs solo quelque peu stéréotypés, souffrant d’un manque de variété. Les joutes en Be a Pro n’échappent pas à ce revers, et en position d’attaquant, la désagréable sensation de jouer le même match que le précédent plombe le plaisir de jeu. Et pour rester sur les rares fausses notes de cette mouture, il nous est apparu qu’en raison des retouches d’inertie, les joueurs semblaient parfois un peu frêles, manquant de puissance, de poids dans les appuis. Une légère diminution en réalisme que le jeu du 08, plus lent, et plus varié. Enfin, signalons une gestion curieuse des avantages, où l’intraitable arbitre va constamment revenir à la faute, voire interrompre une action bien lancée. Frustrant, lorsqu’on a effacé un dernier défenseur, et qu’on s’apprête à fondre sur le gardien, de se voir accorder un coup franc, avec une chance de réussite bien moindre.
Le réalisme avant tout
Cela dit, FIFA 09 constitue un régal de simulation, et une reproduction ultra fidèle du football réel. Il suffit d’observer l’incroyable travail sur les animations pour comprendre que jamais les gestes des joueurs n’avaient été reproduits avec autant de réalisme. Car EA a non seulement soigné à l’extrême le contrôle de balle, les prises d’élan, les frappes ou les tacles, mais aussi tous les mouvements "intermédiaires" qui font la crédibilité d’une rencontre. Joueur qui se relève après un choc, qui attend une passe, qui manque le dernier geste, qui fait un appel de balle… Tout est fluide, coulant, décomposé, du départ de l’action jusqu’à sa conclusion. De quoi tresser des lauriers aux responsables de la motion capture, et des scripts d’animation, qui n’ont jamais perdu de vue qu’une simulation footballistique devait justement simuler au mieux la réalité d’un terrain, et les comportements des 22 artistes qui s’y affrontent. Tout simplement bluffant, même si FIFA 08 constituait déjà une brillante mise en bouche. Dans ce domaine, le gros du chantier réalisé par EA Sports a porté sur les contacts entre les joueurs. Désormais, un duel épaule contre épaule tient compte du gabarit, de la puissance, voire même de la mentalité du joueur. Fini, les réceptions bateau de la tête lors du dégagement du gardien. Il faut le bon timing, le bon positionnement, et jouer des coudes pour sauter plus haut, et faire la bonne passe. Les tacles, petites poussées, pertes d’équilibre, sont régies par la même logique de gabarit, et d’acuité défensive. Le résultat à l’écran est criant de vérité, même si les joueurs manquent parfois d’équilibre, et plient trop face à une charge de l’adversaire.
Les animations et attitudes des joueurs sont saisissantes de réalisme
La physique de balle est satisfaisante, bien que les trajectoires, lors de tirs à distance, paraissent un peu trop flottantes. Pourtant, on est loin des missiles des FIFA ancienne génération, et se mettre en position de tir pour décocher une flèche de 35 mètres à la Gourcuff relève de l’exploit. D’une part parce que les défenses font bloc, et les espaces sont assez rares, sauf en cas de contre. Et d’autre part parce qu’une frappe un tant soit peu mal dosée finira en drop dans les tribunes. Et naturellement, n’espérez même pas tromper le gardien avec un défenseur central monté sur corner, réceptionnent une fuite de balle renvoyée par la défense. Seuls les joueurs disposant d’une bonne frappe, d’une puissance et d’une précision suffisante seront en mesure de faire trembler les filets hors de la zone de vérité. Sur le strict plan de la réalisation, tout comme son ancêtre 08, FIFA 09 est en tous points impressionnant. Pelouse, stades, public, joueurs (hormis les visages, qui restent perfectibles), maillots, tout est lustré à l’extrême. L’ambiance sonore est des plus immersives, et on se sent réellement porté par le public. Les commentaires du duo Hervé Mathoux/Franck Sauzée, bien que largement repris de la précédente mouture, s’intègrent parfaitement au jeu, et n’irritent quasiment jamais. Le rugissant moteur graphique de FIFA 08 fait encore une fois merveille, et le framerate est constant, quelle que soit la situation. Le moment où EA Sports se fera prendre à défaut sur le plan esthétique et technique n’est pas encore venu.
Jauger son jeu
Et non content de postuler au titre de meilleure simulation de l’année, voilà que FIFA 09 marche sur les plates-bandes de l’un des atouts historiques de PES, la stratégie. Sans égaler les multiples réglages qui font le sel des Napoléons du foot virtuel sur Pro Evolution Soccer, EA Sports a opté pour une formule très ergonomique, à base de jauges, comme pour une simulation automobile. Il est ainsi possible d’adopter une tactique perso avant un match, et régler la construction du jeu (vitesse, passes, ou positionnement, libre ou organisé), le type d’occasions que les joueurs vont chercher à se créer (fréquence des passes, des centres, des frappes), ou le style de défense, plutôt agressive sur le porteur du ballon, regroupée, jouant à fond le hors-jeu, où la couverture de terrain. En modifiant chacun de ces paramètres, il est possible d’acquérir un vrai style de jeu, une défense à l’Italienne, ou un jeu vers l’avant à l’espagnole, et de surprendre l’adversaire, particulièrement lorsqu’il est humain. D’ailleurs, les tactiques en temps réel viennent parachever ce positionnement stratégique, avec la possibilité d’allouer sur la croix directionnelle quatre directives précises à utiliser en cours de match, tels que la possession de jeu, le pressing ou la contre-attaque. De quoi s’adapter au style de jeu de l’adversaire, et trouver la faille plus facilement. Encore du très bon travail effectué par les développeurs, qui confèrent à ce FIFA 09 une dimension tactique indéniable, mais très accessible, et rapide à mettre en place.
Le collectif et la construction de jeu sont essentiels dans les FIFA nouvelle génération
Niveau contenu, EA Sports n’a pas lésiné sur les moyens, avec comme de coutume des dizaines de clubs et de stades officiels, tous les championnats majeurs de la planète (comptant parfois plus de deux divisions, comme en Angleterre), et de nombreux modes de jeux. Le mode carrière, calqué sur la réalité (matchs allers-retours, coupes nationales, coupes d’Europe, transferts) est toujours aussi prenant, mais on aurait apprécié, sans faire la fine bouche, qu’EA pousse un peu plus loin l’aspect gestion, réduit au minimum syndical. L’impressionnant Be a Pro, et sa vue rasante à la Gears of War, propose cette année un challenge décuplé, avec l’ajout d’un mode carrière sur quatre saisons. Les options de personnalisation physique sont innombrables, et le fait de prendre en main la destinée d’un joueur que l’on a soi-même créé, de l’équipe réserve à la sélection nationale, est diablement immersif. Attention cependant, le fait d’enchaîner les matchs à la même position peut s’avérer très monotone à la longue, d’autant que les actions de jeu ont tendance à se répéter. En outre, le système de notation des performances est très rigide, n’autorisant aucune faute de placement, et souffrant de quelques bizarreries (pourquoi sanctionner les centres si ceux-ci n’aboutissent pas par exemple?). Heureusement, le système de progression du joueur est très prenant. En remplissant divers objectifs plus ou moins difficiles, l’aspirant star se voit récompenser par des points d’expérience, qu’il peut allouer à de nombreuses caractéristiques, et ainsi façonner un perforateur de défense à la Messi, ou un meneur de jeu complet à la Gerrard. Tout est possible. Un mode qui contribue qui plus est à mieux comprendre la dimension tactique et mentale d’un match, l’importance du collectif, d’économiser ses courses, et de prendre quelques risques pour se jouer des défenses.
Le jeu en ligne, un placement sûr
Cerise sur le gâteau, EA Sports a implémenté cette année un ambitieux 10 contre 10 en ligne (seuls les gardiens étant dirigés par l’IA). Si de prime abord, on pense tomber au beau milieu d’un pugilat footballistique, au cours duquel vingt neuneus en short courent désespérément après le ballon pour le mettre au fond des filets, il n’en est rien. Si en effet, on tombe parfois sur des joueurs indisciplinés, qui ne respectent pas leur position, n’ont aucun sens du collectif, et cherchent simplement à épater la galerie, il arrive, grâce à une recherche par niveau de jeu, de participer à des rencontres passionnantes, où les actions anthologiques se succèdent, le tout dans une ambiance électrique boostée par l’adrénaline de vingt protagonistes "réels". Il est alors jouissif de se sentir "utile" dans le jeu, de participer à un contre rondement mené, en ajustant une passe en profondeur millimétrée, ou en concluant le centre d’un coéquipier altruiste. Bien évidemment, lors du choix des joueurs (dont les noms sont astucieusement cachés), on assiste à une ruée sur les attaquants et les milieux offensifs, mais jouer le rôle d’un défenseur peut s’avérer tout aussi passionnant, et largement servir l’intérêt de l’équipe. Il faudra quel que soit le poste prendre ses responsabilités, et soigner son placement et ses passes, sans quoi l’adversaire en profitera aussitôt.
Le mode Be a Pro s'enrichit. À 10 contre 10, il devient hypnotique
Une incontestable réussite, qui devrait largement doper la fréquentation des serveurs tout au long de la saison. Signalons également, outre les modes clubs pour constituer sa propre dream team en ligne, les saisons interactives pour coller temporellement au plus près des vrais championnats, et le retour du mode Fiesta et ses enjeux, l’arrivée de la saison Live Adidas. Il est possible de souscrire (gratuitement pour un championnat, payant pour plusieurs) à une mise à jour mensuelle des statistiques de toute une ligue. Les performances et contre performances des joueurs dans la vie réelle se retrouveront au sein même de FIFA 09, avec tout ce que cela implique (un joueur en méforme ira peut-être chauffer le banc ou reprendre du temps de jeu en CFA). Cela évitera par exemple, comme l’an dernier, de se retrouver avec un Benzema, pourtant explosif en Ligue 1, sous-évalué dans le jeu. Une très bonne idée. Pour finir, notons qu'EA a conservé sa plateforme communautaire easportsworld, pour dépenser ses crédits, se constituer un réseau pour jouer en ligne, ou briller en diffusant les ralentis de ses plus beaux buts. De A à Z, la firme de Redwood City aura joué la carte du online. Avec succès.
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Qu’importe que le jeu solo ne soit pas exempt de tout reproche, et que les réglages opérés par EA Sports ne soient pas toujours du meilleur crû. Les développeurs ont peaufiné leur œuvre, pour en faire une simulation équilibrée, et tutoyant la réalité. Le football nouvelle génération, en attendant PES 2009, semble ne pas trouver meilleure incarnation que dans ce FIFA 09. Plus réaliste, plus tactique, transcendé par un jeu en ligne d’une richesse inouïe, ce bijou footballistique, à la réalisation de rêve, se savoure sans modération. ![]()
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| Mise à jour le Jeudi, 13 Novembre 2008 11:41 |
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